Chaque année, le mois de mars marque le temps fort de Mars Bleu, consacré à la sensibilisation au cancer colorectal. Pourtant, malgré les campagnes d’information et les messages de prévention, ce cancer reste entouré d’un certain malaise : on en parle peu, parfois à voix basse, souvent avec gêne. Ce silence s’explique par le fait qu’il touche à l’intime, le transit intestinal, les selles, le côlon;  des sujets que notre société préfère éviter. Pourtant, lever ce tabou pourrait améliorer la participation au dépistage et favoriser une détection plus précoce.

Pourquoi le cancer colorectal reste-t-il un sujet tabou ?

Un sujet intime qui met mal à l’aise

Le cancer colorectal touche à des fonctions intimes dont on parle rarement en public. Évoquer les selles ou un prélèvement peut encore susciter gêne ou inconfort. À cela s’ajoute une confusion entre dépistage et maladie déclarée : par peur du diagnostic, certains préfèrent ne pas « savoir ». Pourtant, le dépistage s’adresse aux personnes sans symptôme et permet de détecter précocement d’éventuelles anomalies. Des idées reçues , absence de symptômes, test jugé compliqué, sentiment de ne pas être concerné; peuvent ainsi retarder une démarche pourtant simple.

Le silence : un frein au dépistage

Le dépistage organisé du cancer colorectal est proposé à partir de 50 ans et repose sur un test immunologique simple, réalisable à domicile, sans préparation lourde ni hospitalisation. Pourtant, malgré cette facilité, le taux de participation reste inférieur aux objectifs de santé publique. La gêne liée au prélèvement peut freiner certaines personnes, mais le manque d’information et la difficulté à en parler jouent également un rôle important. Or, plus un cancer est détecté tôt, plus les possibilités de prise en charge sont importantes : retarder le test par inconfort ou par tabou peut ainsi diminuer les chances d’une détection précoce.

Mars Bleu : changer le regard collectif sur le cancer colorectal

Normaliser la parole pour mieux prévenir

Mars Bleu est l’occasion de rappeler que la santé digestive fait pleinement partie de la santé globale. Parler du cancer colorectal à son entourage, évoquer d’éventuels antécédents ou encourager un proche à se renseigner et à réaliser son test sont des gestes simples qui participent à une dynamique collective de prévention. Il est également essentiel de souligner qu’aucune question de santé n’est « honteuse » : les médecins sont des interlocuteurs formés pour répondre sans jugement et accompagner les démarches. Oser poser ses questions permet de dissiper des inquiétudes, de mieux comprendre le dépistage et de lever les freins liés à la peur ou à la gêne.

Transformer le tabou en prévention : un enjeu individuel et collectif

Transformer le tabou en prévention, c’est accepter que parler du transit intestinal n’a rien d’indécent lorsqu’il s’agit de santé et comprendre que le dépistage du cancer colorectal est un geste simple, accessible et potentiellement déterminant. En normalisant la discussion, en relayant les messages de sensibilisation et en participant au dépistage lorsqu’il est proposé, chacun peut contribuer à faire évoluer les mentalités. En ce mois de Mars Bleu, l’enjeu est clair : dépasser la gêne pour favoriser la prévention, car parler du cancer colorectal, c’est déjà agir pour sa santé.

Quand l’humour aide à briser la gêne : la campagne « Va Chier »

Face à ce tabou persistant, certaines campagnes ont choisi une approche audacieuse. La Ligue contre le cancer a ainsi lancé la campagne « Va Chier », volontairement provocatrice et fondée sur l’autodérision. Le message, direct et assumé, vise à désamorcer la honte associée au dépistage.

En mobilisant des personnalités publiques et en adoptant un ton décalé, cette campagne cherche à normaliser la discussion autour du test. L’idée est simple : si l’on peut en rire, on peut en parler. Et si l’on peut en parler, on peut agir. L’humour devient alors un outil de santé publique, permettant de transformer l’embarras en prise de conscience.

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