Après une mastectomie, la question du sein revient vite, parfois dès l’annonce de l’opération. Reconstruire, porter une prothèse externe, garder un buste plat : il n’existe pas de bonne réponse, seulement la vôtre. Voici, simplement, ce que prévoient les textes, ce que l’Assurance Maladie prend en charge et avec qui en parler pour décider sans pression.

Trois options, et aucune n’est obligatoire

L’Institut national du cancer (INCa) le formule sans détour : « Vous avez le choix de retrouver un volume mammaire ou de garder un buste plat. » Il ajoute que « certaines femmes ne ressentent ni le besoin de reconstruire leur sein ni celui de porter de prothèse externe. Ce choix est personnel. »

Concrètement, trois voies existent, et elles peuvent se succéder dans le temps :

  • porter une prothèse mammaire externe, glissée dans un soutien-gorge adapté ;
  • engager une reconstruction chirurgicale, tout de suite ou plus tard ;
  • garder un buste plat, avec ou sans prothèse selon les moments.

Un chiffre aide à comprendre pourquoi l’information compte. Selon la plateforme d’aide à la décision créée par la Haute Autorité de santé (HAS) et l’INCa, environ 22 000 mastectomies totales sont réalisées chaque année en France, et environ 30 % des femmes concernées choisissent une reconstruction. Les deux institutions précisent que « la faible proportion de reconstructions ne reflète pas nécessairement une absence de désir de reconstruction ». Autrement dit, beaucoup de femmes n’ont pas toutes les cartes en main au moment de décider.

La prothèse mammaire externe : dès la sortie de l’opération

La prothèse externe est la solution la plus rapide. Elle est « prescrite par le chirurgien », rappelle l’INCa, et s’achète en boutique spécialisée, où l’on trouve aussi des soutiens-gorge adaptés, y compris pour le sommeil ou le sport.

Il en existe plusieurs types, qui correspondent aux étapes de la cicatrisation :

  • une prothèse transitoire en textile, portée juste après l’opération et pendant les deux mois suivants ;
  • une prothèse en silicone non adhérente, à partir du troisième mois ;
  • une prothèse en silicone adhérente, à partir du quinzième mois après l’opération.

Côté prix, l’INCa indique que le prix de vente des prothèses transitoires est limité à 25 euros, et celui des prothèses en silicone non adhérentes à 180 euros. La prothèse adhérente est remboursée 240 euros lorsqu’elle est prescrite pour un motif précis, sinon 180 euros, avec 60 euros qui restent à votre charge. Le remboursement se renouvelle au bout de 12 mois pour une première prothèse prescrite entre 2 et 14 mois après l’opération, puis tous les 18 mois.

Une précision importante : « les prothèses mammaires externes achetées sur internet ne sont pas remboursées ». Passez par une boutique agréée, avec votre ordonnance.

La reconstruction : immédiate ou différée, en deux ou trois étapes

La reconstruction « se fait parfois en même temps que la chirurgie du cancer, on parle dans ce cas de reconstruction immédiate », explique l’INCa. « Plus souvent, elle est réalisée après la fin des traitements, au cours d’une nouvelle intervention ; on parle cette fois de reconstruction différée. »

Chaque formule a sa logique. La reconstruction immédiate « évite une seconde opération ». La reconstruction différée « vous permet de vous concentrer pleinement sur votre traitement puis de décider plus tard ». Le choix dépend aussi des traitements prévus après la chirurgie. L’INCa cite en particulier la radiothérapie, « qui peut engendrer des changements cutanés ». C’est une discussion à avoir avec votre chirurgien et votre oncologue, qui connaissent votre parcours.

Il faut aussi savoir qu’une reconstruction n’est pas une seule opération. Selon l’INCa, elle « nécessite le plus souvent deux ou trois interventions, avec un intervalle de 3 à 6 mois entre chacune d’entre elles ». Plusieurs techniques existent (implant, utilisation de vos propres tissus, injection de graisse). Leur choix relève de la consultation chirurgicale : votre chirurgien vous expliquera ce qui est possible dans votre situation.

Deux étapes complémentaires restent facultatives. Une intervention sur le sein non atteint peut être proposée pour harmoniser la forme et le volume, sachant qu’« il est difficile d’obtenir deux seins absolument identiques ». La reconstruction de l’aréole et du mamelon, elle, « n’est pas systématique » : c’est un choix personnel, et l’aréole peut être redessinée par un tatouage de la peau.

Ce que l’Assurance Maladie prend en charge

C’est une question fréquente, et la réponse est claire. « La reconstruction mammaire est prise en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD sur la base du tarif de l’Assurance maladie », indique l’INCa. L’Assurance Maladie le confirme sur ameli.fr : « Si vous optez pour une reconstruction mammaire, soit immédiate, soit différée, celle-ci est prise en charge. »

Le point de vigilance, ce sont les dépassements d’honoraires. L’INCa prévient que « certains établissements pratiquent des dépassements d’honoraire qui restent à votre charge ». Avant toute intervention, demandez un devis écrit. Il doit distinguer la part remboursée par l’Assurance Maladie et l’éventuel dépassement. Transmettez-le à votre complémentaire santé pour connaître sa participation. Si le reste à charge pose problème, l’assistante sociale de l’établissement peut vous orienter.

Pour la dermopigmentation, aussi appelée tatouage médical de l’aréole, l’Assurance Maladie précise que cette technique « doit être exercée par un professionnel de santé formé » et que « seul le tatouage médical est pris en charge par l’Assurance Maladie ». Un tatouage réalisé en salon esthétique, avec des pigments non stériles, ne l’est pas. La HAS ajoute qu’il faut « attendre que votre peau soit prête », notamment après une radiothérapie. Dans le Gard, le Réseau DIANE, dont le bureau se trouve au 1er étage de l’ICG, propose la dermopigmentation réparatrice.

Prendre le temps de décider, et avec qui en parler

La HAS et l’INCa ont conçu un dossier en ligne, « Reconstruction mammaire : de la réflexion à la décision », destiné aux femmes qui vont avoir ou ont eu une mastectomie totale. On y trouve des schémas des techniques, des témoignages de femmes qui ont fait des choix différents et une carte des établissements. Le principe est celui de la décision partagée : « une décision à prendre avec votre chirurgien », à votre rythme.

Vous n’êtes pas seule face à ce choix. La HAS liste les interlocuteurs possibles : « chirurgien, infirmier, oncologue, psychologue, assistant de service social ». Les associations de patientes « apportent écoute et soutien », tout en rappelant qu’« elles n’apportent pas de réponse à des questions médicales ».

À Nîmes, l’Espace Rencontre Information (ERI) de l’Institut de Cancérologie du Gard est le bon point d’entrée. Le jeudi 8 octobre 2026, dans le cadre d’Octobre Rose, l’ERI organise une rencontre thématique sur la reconstruction mammaire après un cancer du sein, avec le Dr Fanny Béchard, gynécologue au CHU de Nîmes. C’est l’occasion de poser vos questions dans un cadre ouvert, sans engagement.

L’image de soi, une question à part entière

« La perte d’un sein modifie souvent profondément l’apparence physique et l’image que l’on a de soi », reconnaît l’INCa. Cette dimension ne se règle pas uniquement par une opération, et il est normal d’avoir besoin de temps.

Le soutien psychologique fait partie des soins de support, proposés en complément des traitements. Les ateliers de socio-esthétique, comme ceux de l’ERI, offrent aussi un espace pour se réapproprier son corps. Quel que soit votre choix pour le sein, ces accompagnements restent ouverts.

Après une mastectomie, prothèse externe, reconstruction et buste plat sont trois options légitimes, et rien n’oblige à trancher tout de suite. La reconstruction est prise en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD, sur la base du tarif de l’Assurance Maladie, avec un point de vigilance sur les dépassements d’honoraires. La prothèse externe et la dermopigmentation médicale sont remboursées sur prescription. Connaître ces règles vous évite une inquiétude inutile au moment où vous avez surtout besoin de réfléchir sereinement.

Questions fréquentes

Faut-il décider de la reconstruction avant l’opération ?

Non. La reconstruction immédiate se décide avant la mastectomie, mais la reconstruction différée peut être envisagée après la fin des traitements. L’INCa souligne qu’elle permet de « se concentrer pleinement sur son traitement puis de décider plus tard ». Vous pouvez aussi ne jamais reconstruire.

La reconstruction mammaire est-elle remboursée ?

Oui. Elle est prise en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD, sur la base du tarif de l’Assurance Maladie. Les dépassements d’honoraires pratiqués par certains établissements ou chirurgiens restent à votre charge, sauf participation de votre complémentaire santé. Demandez un devis avant l’intervention.

La prothèse mammaire externe est-elle prise en charge ?

Oui, sur prescription du chirurgien et en boutique spécialisée. Les prix de vente sont plafonnés (25 euros pour une prothèse transitoire, 180 euros pour une prothèse en silicone). Les achats sur internet ne sont pas remboursés.

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