Conjoint, enfant, parent, ami : quand un proche est touché par le cancer, on s’organise. On l’accompagne aux rendez-vous, on gère la maison, on rassure, on encaisse, sans jamais s’être désigné comme « aidant ». En France, ces personnes se comptent par millions, et beaucoup s’oublient en chemin. Cet article vous aide à mettre des mots sur votre rôle, à repérer les signes de fatigue et à trouver les appuis qui existent, dont la Journée des accompagnants du 6 octobre à l’Institut de Cancérologie du Gard.
Aidant, un mot que beaucoup ne s’appliquent pas
La Ligue contre le cancer parle de « quelque cinq millions d’aidants, ces proches qui accompagnent au quotidien, à titre non professionnel, une personne touchée par le cancer ». Elle estime « qu’environ 1 Français sur 10 soutient actuellement une personne atteinte de cancer ».
Le paradoxe, c’est que la plupart ne se voient pas ainsi. Selon le Baromètre proches aidants « cancer » publié par l’Institut national du cancer (INCa) en décembre 2025, « 37 % ne se reconnaissent pas comme aidants, ce qui limite leur accès aux dispositifs de soutien ». La Ligue va plus loin et considère que « plus de la moitié d’entre eux ignorent leur statut d’aidant ».
Ce n’est pas un détail. Se reconnaître aidant, c’est pouvoir demander de l’aide, en parler à l’équipe soignante et ouvrir des droits. Les aidants en cancérologie ont d’ailleurs un profil particulier : d’après l’INCa, « 60 % ont moins de 50 ans », et le rôle commence souvent brutalement, sans temps de préparation. Si vous accompagnez un proche au quotidien, même sans vivre sous le même toit, ce mot vous concerne.
Ce que l’accompagnement demande, concrètement
Accompagner prend du temps et de l’énergie. Le Baromètre de l’INCa indique que « plus des deux tiers (68 %) des proches aidants de personnes atteintes d’un cancer consacrent une part importante de leur temps à leur accompagnement ». Il ajoute que « près d’un sur deux en ressent les effets sur son moral ou son niveau de stress, et un tiers sur son sommeil ou sa forme physique ».
À cela s’ajoute souvent la solitude. La Ligue observe qu’« un proche aidant sur trois aide seul ou quasiment seul un proche atteint de cancer ». Et la santé de l’aidant peut en pâtir : dans une enquête de l’Association française des aidants, 48 % des personnes interrogées déclaraient des problèmes de santé apparus depuis qu’elles aident un proche, comme des troubles du sommeil, de l’anxiété ou des douleurs physiques.
Rien de tout cela ne signifie que vous faites mal. Cela signifie que la charge est réelle, et qu’elle mérite d’être partagée.
Reconnaître les signes de fatigue
« Nombre d’aidants témoignent de la fatigue et de l’épuisement que l’aide à un proche peut entraîner », rappelle l’Association française des aidants. Son conseil est direct : « Si vous vous sentez fatigué-e, c’est une sonnette d’alarme que vous ne devez pas négliger. »
Quelques signaux reviennent souvent dans les témoignages recueillis par les associations : un sommeil qui se dégrade, une anxiété qui s’installe, des douleurs qui apparaissent, l’impression de ne plus avoir de temps pour soi. Il y a aussi les émotions dont on n’ose pas parler. L’INCa note que dans les groupes de parole, « les proches peuvent exprimer leur angoisse, leur malaise, leur culpabilité ou leur colère ». Ces sentiments sont fréquents. Ils ne font pas de vous un mauvais aidant.
Le premier pas, selon l’Association française des aidants, consiste à « évoquer cette situation avec des professionnels, et notamment votre médecin traitant ». L’INCa recommande de la même façon de « rencontrer un psychologue ou un médecin (son médecin de famille par exemple) pour discuter de ses difficultés ». Votre propre santé fait partie du parcours.
Le soutien psychologique existe aussi pour vous
C’est une précision importante : le soutien psychologique n’est pas réservé à la personne malade. La Fondation ARC le rappelle, « le soutien psychologique des proches et des aidants d’une personne atteinte de cancer fait aussi partie des soins de support ». Pourtant, selon le Baromètre de l’INCa, seuls 14 % des aidants « cancer » interrogés y ont eu recours.
Plusieurs portes d’entrée existent, souvent gratuites :
- les lieux d’accueil des établissements de soins, comme l’Espace Rencontre Information (ERI) de l’ICG à Nîmes, qui proposent selon l’INCa « des groupes de parole, des animations, des conférences et des ateliers » ;
- la Ligue contre le cancer, dont « 74 % des comités proposent du soutien psychologique aux aidants (dont 51 %, des groupes de parole) », avec une ligne d’écoute au 0 800 940 939, gratuite, anonyme et confidentielle, du lundi au vendredi de 9h à 19h ;
- les Cafés des aidants de l’Association française des aidants, rencontres mensuelles co-animées par un travailleur social et un psychologue, ouvertes à tous les aidants quels que soient l’âge et la maladie du proche ;
- Cancer info, le service de l’INCa et de la Ligue, au 0 805 123 124, service et appel gratuits.
En ville, le dispositif Mon soutien psy de l’Assurance Maladie permet jusqu’à 12 séances par an chez un psychologue conventionné, sans prescription, pour des difficultés légères à modérées. Il s’adresse à tout le monde, y compris aux proches.
Vos droits : du temps et des aides
Accompagner un proche a aussi un coût, en temps de travail et en argent. Le Baromètre de l’INCa montre que ces aides sont encore peu mobilisées : « seules 25 % des aidants « cancer » interrogés ont mobilisé des aides à domicile, 14 % un soutien psychologique et 10 %, un dispositif de répit ».
Côté travail, le congé de proche aidant permet à un salarié de s’arrêter pour « s’occuper d’une personne handicapée ou invalide ou en perte d’autonomie ou âgée », indique service-public.gouv.fr. Il dure 3 mois en l’absence d’accord collectif, il est renouvelable et « ne peut pas dépasser 1 an sur l’ensemble de la carrière du salarié ». Avec l’accord de l’employeur, il peut être pris par demi-journées. L’employeur doit être prévenu au moins un mois à l’avance, sauf urgence.
Ce congé « n’est pas rémunéré par l’employeur », mais il ouvre droit à l’allocation journalière du proche aidant (AJPA), versée par la Caf ou la MSA : 66,64 euros par journée ou 33,32 euros par demi-journée, dans la limite de 22 jours par mois et de 66 jours par personne aidée.
Une précision importante : ce congé est lié à la situation de la personne aidée (handicap ou perte d’autonomie), pas au diagnostic de cancer en tant que tel. Pour savoir ce qui s’applique à votre cas, l’assistante sociale de l’établissement est la bonne interlocutrice. Elle connaît aussi les aides à domicile et les solutions de répit. La Ligue édite par ailleurs un guide des aidants, disponible dans ses Espaces Ligue, avec une partie « Mes droits, mes démarches ».
Le 6 octobre à l’ICG : une journée pour les accompagnants
Le 6 octobre est la Journée nationale des aidants. Ce jour-là, l’ERI de l’Institut de Cancérologie du Gard organise la 4e Journée des accompagnants, de 8h30 à 16h30, au niveau 0 de l’ICG. Le thème : prendre du temps pour soi, pour mieux soutenir l’autre.
Au programme : deux rencontres le matin, à 9h et 10h45, avec des médecins et des psychologues du CHU de Nîmes, sur la place du proche aidant dans le parcours de soins et sur la parole des proches. À midi, un temps avec des diététiciennes, puis un buffet. L’après-midi, deux séances de sophrologie, à 14h15 et 15h15, et des séances de modelage et de réflexologie plantaire de 14h à 16h30. Toute la journée, des stands d’associations et d’information sont ouverts : Être-Là ASP Gard, Marcella, Café des aidants Bonjours Présence 30, EPGV Gard, Ligue contre le cancer du Gard et les assistantes sociales de l’ICG.
La journée est gratuite, sur inscription obligatoire auprès de l’ERI, au 04 34 03 46 09 ou par mail à contact.eri30@gmail.com. Les places sont limitées.
Si vous accompagnez un proche touché par le cancer, vous êtes aidant, même si vous ne l’avez jamais formulé ainsi. La fatigue, l’inquiétude et parfois la culpabilité font partie de ce rôle, et elles doivent être entendues. Le soutien psychologique, les groupes de parole, les aides à domicile et le congé de proche aidant existent pour cela. Le premier pas est simple : en parler, à votre médecin traitant, à l’équipe soignante ou à l’ERI. Se faire aider, c’est aussi ce qui permet de continuer à être là.
Questions fréquentes
Suis-je aidant si je ne vis pas avec la personne malade ?
Oui. Ce qui définit l’aidant, selon l’INCa, c’est le fait d’intervenir auprès d’un proche sans être un professionnel ni un bénévole. Accompagner aux rendez-vous, gérer les démarches ou assurer une présence régulière, à distance ou non, relève de ce rôle.
Le congé de proche aidant s’applique-t-il quand mon proche a un cancer ?
Pas automatiquement. Le congé concerne l’accompagnement d’une personne handicapée, invalide, âgée ou en perte d’autonomie. Selon la situation de votre proche, il peut ou non s’appliquer. L’assistante sociale de l’établissement ou votre Caf peuvent vous dire ce qui est possible.
Où trouver un groupe de parole pour aidants près de Nîmes ?
L’ERI de l’ICG, le comité du Gard de la Ligue contre le cancer et le Café des aidants Bonjours Présence 30 proposent des temps d’échange. Ces trois acteurs seront présents à la Journée des accompagnants du 6 octobre. Vous pouvez aussi appeler la Ligue au 0 800 940 939.