Vous suivez une radiothérapie, ou elle va commencer, et vous fumez encore. La question se pose souvent tard, parfois au milieu des séances : est-ce que ça vaut encore la peine d’arrêter maintenant ? La réponse de l’Institut national du cancer est claire. Quel que soit le cancer et quel que soit le moment, arrêter de fumer est recommandé le plus tôt possible, parce que c’est toujours bénéfique pour la tolérance des traitements et pour le pronostic. L’INCa va jusqu’à dire que l’arrêt du tabac fait partie du traitement. Voici ce que cela change concrètement, comment en parler sans gêne à votre équipe, et quelles aides existent, dont plusieurs sont remboursées.
Il n’est jamais trop tard, même en cours de séances
Beaucoup de patients pensent que le moment est passé : le diagnostic est posé, le traitement a commencé, autant attendre la fin. C’est l’inverse. Que votre cancer ait été découvert il y a des années ou il y a quelques semaines, l’INCa rappelle que l’arrêt reste bénéfique, et Tabac Info Service précise que ce bénéfice existe quels que soient la localisation et le stade de la maladie. La raison est simple : chaque cigarette fait entrer dans le corps de nombreuses substances qui peuvent perturber l’efficacité du traitement. Arrêter pendant la radiothérapie, c’est donc retirer un obstacle au moment où le traitement agit. Et arrêter après reste utile pour la suite, puisque le tabac continue d’augmenter le risque d’autres maladies.
La quantité fumée ne change rien à ce raisonnement. On entend souvent « je ne fume que quelques cigarettes par jour, ce n’est pas grave ». L’INCa répond que la durée du tabagisme pèse davantage que le nombre de cigarettes, et que continuer, même peu, expose à des risques importants. Il n’existe pas de petite consommation sans conséquence pendant un traitement du cancer. Ce constat n’a rien d’un reproche : il dit simplement que l’effort vaut la peine, même si vous fumez peu.
Ce que l’arrêt change pendant et après la radiothérapie
Pendant les séances, l’INCa indique que l’arrêt du tabac prévient l’apparition ou l’aggravation de certains effets secondaires de la radiothérapie et de la chimiothérapie. Ces effets dépendent de la zone traitée, de votre traitement et de votre état de santé : c’est votre radiothérapeute qui peut vous dire lesquels vous concernent. L’INCa propose d’ailleurs une question à lui poser telle quelle : « Si je continue de fumer pendant la radiothérapie, quels sont les effets indésirables qui risquent d’être aggravés ? » Posée en consultation, elle ouvre la discussion sans détour et vous donne une réponse adaptée à votre cas, bien plus utile qu’une liste générale.
Au quotidien, les bénéfices se sentent vite. Arrêter de fumer permet de mieux respirer, de retrouver plus d’énergie et une meilleure qualité de vie, ce qui compte pendant une période où la fatigue est fréquente et où les allers-retours vers le centre s’enchaînent. À plus long terme, l’INCa souligne que l’arrêt améliore le pronostic du cancer et réduit le risque d’autres maladies graves : infarctus, autres cancers, maladies respiratoires. Autrement dit, l’effort fourni pendant la radiothérapie continue de vous protéger une fois les séances terminées.
En parler à l’équipe, sans crainte d’être jugé
Le premier frein n’est souvent pas le manque d’envie, mais la gêne. L’INCa le constate : de nombreux patients hésitent à parler de leur consommation de tabac avec l’équipe qui les soigne, par peur d’être jugés, ou parce qu’ils veulent s’en sortir seuls. Or l’addiction à la nicotine rend l’arrêt difficile, et ce n’est pas seulement une question de volonté. Si vous avez déjà essayé sans y arriver, cela ne dit rien de votre capacité à réussir cette fois, surtout avec un accompagnement. Les soignants en cancérologie, médecins, infirmiers, pharmaciens, ont l’habitude de cette question et la considèrent comme une partie du soin.
Pour lancer la conversation, quelques questions simples suffisent. Elles sont inspirées de celles que propose l’INCa, et vous pouvez les noter avant votre prochaine consultation :
- Quels risques je prends si je continue de fumer pendant mon traitement ?
- Quelles aides pouvez-vous me proposer pour arrêter plus facilement ?
- Comment gérer le stress de l’arrêt en plus de celui de la maladie ?
- Qui peut me suivre une fois les séances terminées ?
Votre médecin traitant a aussi un rôle à jouer. L’INCa recommande d’en parler à la fois à l’équipe qui traite votre cancer et à votre médecin traitant, qui pourra vous accompagner dans la durée, bien après la fin de la radiothérapie.
Les aides qui existent, et ce qu’elles coûtent
Les substituts nicotiniques, sous forme de patchs, de gommes ou de pastilles, soulagent les symptômes du manque. Ils sont remboursés à 65 % par l’Assurance maladie sur prescription médicale, ce qui en fait une aide accessible : votre médecin, votre oncologue ou un tabacologue peuvent les prescrire et ajuster les doses. Pour la cigarette électronique, l’INCa considère qu’elle peut servir d’aide au sevrage, à condition que son usage soit accompagné, dans la mesure du possible, par un professionnel de santé. Dans les deux cas, le plus simple est d’en parler avec l’équipe qui vous suit, pour choisir ce qui vous convient pendant le traitement.
Vous pouvez aussi être accompagné à distance. Tabac Info Service répond au 39 89, un appel non surtaxé, du lundi au samedi de 8 h à 20 h : des tabacologues y répondent à vos questions et peuvent vous accompagner dans votre arrêt. Le site tabacinfoservice.fr complète cet accompagnement. Enfin, un soutien psychologique peut être mis en place pour vous aider à faire face en même temps à la maladie, aux traitements et à l’arrêt du tabac. Ce n’est pas un luxe : le diagnostic et l’arrêt sont deux sources de stress qui s’additionnent.
Novembre est un bon moment pour se lancer. Le Mois sans tabac, organisé par Santé publique France avec l’Assurance maladie, propose de relever un défi de 30 jours sans fumer, avec une inscription gratuite sur mois-sans-tabac.fr et une application d’e-coaching. L’objectif des 30 jours n’est pas arbitraire : selon Santé publique France, un mois sans tabac multiplie par cinq les chances d’arrêter durablement, et participer au dispositif double les chances de réussite à un an par rapport à un arrêt sans aide.
Stress, poids, âge : les freins les plus fréquents
« Je suis trop stressé, fumer me détend. » C’est l’objection la plus courante, et elle se comprend pendant une maladie. L’INCa rappelle pourtant que la nervosité, les difficultés de concentration et l’anxiété font partie des signes du manque de nicotine : la cigarette soulage le manque qu’elle a elle-même créé. Les substituts nicotiniques aident justement à compenser ce manque et à réduire la dépendance peu à peu. Si l’angoisse reste trop forte, il faut le dire à votre médecin, qui peut adapter le traitement de substitution ou vous orienter vers un soutien psychologique.
D’autres craintes reviennent souvent. Beaucoup de patients se disent trop âgés pour arrêter, alors que l’INCa précise que les personnes de plus de 60 ans n’ont pas plus de difficultés que les plus jeunes et en tirent aussi un bénéfice. La peur de grossir est fondée, mais la prise de poids reste souvent modérée, autour de 2 à 3 kg en moyenne, et peut être limitée en mangeant autrement, avec davantage de légumes et de fruits, et en bougeant un peu plus. Enfin, une reprise de la cigarette n’efface pas les jours sans tabac déjà gagnés : on peut retenter, avec l’aide d’un professionnel ou du 39 89, et chaque tentative apprend quelque chose sur ses propres moments de fragilité.
Les proches peuvent faciliter l’arrêt
L’entourage compte beaucoup dans les premières semaines. L’INCa conseille aux fumeurs de l’entourage d’éviter au maximum de fumer en présence de la personne qui arrête, au moins pendant cette période. Il suffit souvent d’en parler simplement : la plupart des proches sont prêts à respecter et à encourager l’effort, surtout pendant un traitement. Certains décident même d’arrêter en même temps, ce qui rend la démarche plus facile pour les deux. Si vous accompagnez un proche en radiothérapie, votre rôle n’est pas de surveiller, mais de rendre l’arrêt plus simple au quotidien, en évitant les situations où la cigarette s’impose d’habitude.
En résumé
Pendant une radiothérapie, arrêter de fumer n’est pas un effort de plus à côté du traitement : c’est une partie du traitement, qui améliore sa tolérance et le pronostic, et qui reste utile quel que soit le moment. La première étape est d’en parler à votre radiothérapeute, à l’équipe soignante ou à votre médecin traitant, sans crainte d’être jugé. Les substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % sur prescription, le 39 89 offre un suivi gratuit par un tabacologue, et le Mois sans tabac donne un cadre de 30 jours pour se lancer.
Questions fréquentes
Mes séances ont déjà commencé : est-il trop tard pour arrêter ?
Non. L’INCa recommande d’arrêter le plus tôt possible, et précise que l’arrêt du tabac est toujours bénéfique, que le cancer ait été diagnostiqué il y a longtemps ou récemment. Arrêter en cours de radiothérapie peut limiter certains effets secondaires du traitement. Votre radiothérapeute peut vous dire ce que cela change dans votre cas.
Puis-je utiliser une cigarette électronique pendant ma radiothérapie ?
L’INCa considère que la cigarette électronique peut être une aide au sevrage tabagique, à condition que son usage soit accompagné, dans la mesure du possible, par un professionnel de santé. Parlez-en à l’équipe qui vous suit avant de commencer, pour choisir l’aide la plus adaptée à votre situation.
Les patchs et gommes à la nicotine sont-ils remboursés ?
Oui. Les substituts nicotiniques sont remboursés à 65 % par l’Assurance maladie lorsqu’ils sont prescrits par un professionnel de santé. Votre médecin traitant, votre oncologue ou un tabacologue peuvent les prescrire et adapter les doses à votre consommation.