Les traitements sont terminés, ou presque, et pourtant des questions restent. Des fuites urinaires qui gênent au quotidien, une sexualité qui a changé, une fatigue qui dure, parfois un moral en dents de scie. Beaucoup d’hommes n’en parlent pas, par pudeur ou parce qu’ils pensent qu’il faut s’en accommoder. Ces difficultés sont pourtant connues des soignants, et des solutions existent pour la plupart d’entre elles : rééducation, accompagnement, traitements, soutien psychologique. Cet article fait le point sur ce qui peut s’améliorer après un cancer de la prostate, sur les professionnels à consulter, et sur la rencontre organisée le 26 novembre à l’ICG pour en parler avec un urologue et un oncologue radiothérapeute.

Une qualité de vie qui se reconstruit

Les chiffres de long terme sont plutôt rassurants. L’étude QALIPRO, menée par Santé publique France auprès d’hommes traités pour un cancer localisé de la prostate, montre que dix ans après le traitement, leur qualité de vie globale, leur niveau de fatigue et leur moral sont proches de ceux d’hommes du même âge qui n’ont pas eu de cancer. La même étude relève en revanche que les troubles urinaires et sexuels restent plus fréquents chez les anciens patients. C’est précisément sur ces deux sujets que se concentre l’essentiel de l’accompagnement après les traitements, et c’est aussi là que le silence coûte le plus.

La Fondation ARC le formule ainsi : après un cancer de la prostate, il faut parfois accepter d’éventuelles conséquences urinaires et sexuelles des traitements. Accepter ne veut pas dire subir sans rien faire. Les soins de support, qui regroupent la rééducation, l’activité physique adaptée, le soutien psychologique ou encore l’accompagnement social, ont justement pour but de limiter ces effets et de préserver la qualité de vie pendant et après la maladie. Votre suivi, assuré par votre médecin traitant en lien avec l’urologue, le cancérologue et le kinésithérapeute, est le bon cadre pour aborder chacune de ces questions.

Les fuites urinaires : un sujet à aborder sans attendre

L’Assurance maladie le rappelle : une incontinence urinaire est possible après une chirurgie de la prostate comme après une radiothérapie. Elle peut aller de quelques gouttes lors d’un effort à une gêne plus marquée, et elle pèse vite sur la vie sociale, le sport ou les sorties. Beaucoup d’hommes s’organisent seuls, avec des protections et des détours pour rester près des toilettes, sans en parler à leur médecin. C’est dommage, parce que des traitements existent : la rééducation avec un kinésithérapeute, des médicaments et, dans certains cas, une intervention chirurgicale. Le choix dépend de votre situation, du traitement reçu et de l’importance des fuites.

La rééducation est souvent la première étape. Elle se fait avec un kinésithérapeute formé à la rééducation du périnée, sur prescription de votre médecin, et vise à renforcer les muscles qui contrôlent la vessie. Le plus utile est d’en parler dès que la gêne apparaît, à votre urologue, à votre radiothérapeute ou à votre médecin traitant, plutôt que d’attendre de voir si cela passe. Ils peuvent évaluer la situation, vous orienter vers le bon professionnel et vous dire à quoi vous attendre dans votre cas.

Sexualité : en parler, c’est déjà avancer

Les troubles de l’érection et la baisse du désir font partie des conséquences possibles des traitements du cancer de la prostate. L’Assurance maladie précise que les troubles de l’érection sont parfois temporaires. Le sujet reste pourtant l’un des plus difficiles à aborder, pour le patient comme pour son couple, et il est souvent laissé de côté pendant les consultations centrées sur la maladie. Or le cancérologue, l’urologue ou le médecin généraliste peuvent déjà apporter une réponse dans bien des cas, et orienter si besoin vers un spécialiste. Il suffit souvent d’une phrase pour ouvrir la discussion : « Depuis le traitement, ma vie sexuelle a changé, et j’aimerais en parler. »

D’autres professionnels peuvent prendre le relais. Selon la Fondation ARC, des sexologues, psychologues et infirmiers formés accompagnent les patients seuls ou en couple, au moment de l’annonce, pendant les traitements ou bien après. Il existe aussi des professionnels spécialisés en onco-sexologie. Un point de vigilance : le titre de sexologue n’est pas réglementé en France, mieux vaut donc demander une orientation à votre équipe soignante ou à votre médecin. La Fondation ARC rappelle enfin que la sexualité ne se résume pas à la pénétration, et que chacun avance à son rythme. Certains hommes ne souffrent pas de la situation et n’ont besoin de rien de plus : une prise en charge se justifie quand le changement fait souffrir, vous ou votre partenaire.

La fatigue et le moral, deux sujets qui se tiennent

La fatigue peut durer bien après la dernière séance ou la dernière consultation. Contre elle, la recommandation la plus solide est contre-intuitive : bouger. L’Assurance maladie indique qu’il est prouvé qu’une activité physique adaptée, régulière et modérée aide à lutter contre la fatigue, et cite le vélo ou la natation. La Fondation ARC ajoute qu’elle favorise la récupération et conseille de la poursuivre le plus régulièrement possible après les traitements. Il ne s’agit pas de performance : marcher chaque jour, reprendre une activité douce ou participer à un atelier encadré compte déjà. Votre médecin peut vous dire quelle intensité vous convient, et prescrire si besoin une activité physique adaptée.

Le moral suit souvent la même courbe. L’angoisse peut revenir à différents moments, à l’approche d’un contrôle, à la réception d’un résultat, ou simplement quand le quotidien reprend et que l’entourage considère que « c’est fini ». L’Assurance maladie rappelle qu’un psychologue ou un psychiatre peut vous accompagner selon vos besoins, et la Fondation ARC mentionne les psycho-oncologues, spécialisés dans l’accompagnement des personnes touchées par un cancer. Ces consultations aident à mettre des mots sur ce qui a changé, y compris dans l’image de soi et la vie de couple.

Le couple et les proches ont aussi leur place

Les changements urinaires et sexuels ne concernent pas que le patient. La Fondation ARC souligne que le ou la partenaire doit savoir que le corps de l’autre peut changer, et que la difficulté est plus grande quand la sexualité n’était déjà pas un sujet de conversation dans le couple. En parler à deux, même maladroitement, évite bien des malentendus : un éloignement vécu comme un rejet n’est souvent qu’une gêne ou une fatigue. Les consultations avec un sexologue ou un psychologue peuvent se faire en couple, ce qui aide chacun à exprimer ce qu’il ressent. L’Assurance maladie précise d’ailleurs qu’un soutien psychologique peut aussi être proposé aux proches.

Reprendre le travail à son rythme

Pour les hommes encore en activité, la reprise du travail soulève des questions pratiques. Après un arrêt de plus de 30 jours, une visite de pré-reprise auprès du médecin du travail est obligatoire : c’est le moment d’évoquer la fatigue, les contraintes liées aux troubles urinaires ou un besoin d’aménagement du poste. L’Assurance maladie mentionne aussi la possibilité d’un mi-temps thérapeutique sur une courte période, pour reprendre progressivement. Les assistants sociaux de l’établissement ou de votre caisse peuvent vous aider dans ces démarches, et la maison départementale des personnes handicapées (MDPH) peut être sollicitée dans certaines situations.

Le 26 novembre à l’ICG : une rencontre sur la qualité de vie après les traitements

Pour aller plus loin, l’Espace Rencontre Information (ERI) de l’ICG organise le jeudi 26 novembre une rencontre thématique intitulée « Comment optimiser la qualité de vie après les traitements du cancer de la prostate ? ». Elle est animée par le Dr Christophe Avances, urologue à Urogard, et le Dr Arnaud Boutte, oncologue radiothérapeute chez Oncogard. C’est l’occasion de poser vos questions sur la continence, la sexualité, la fatigue ou le suivi, dans un cadre plus libre qu’une consultation, et d’entendre les questions des autres participants, qui sont souvent aussi les vôtres. Elle a lieu de 14h30 à 16h30, dans la salle de réunion du niveau +2 de l’ICG, sur inscription auprès de l’ERI au 04 34 03 46 09.

Vous pouvez aussi vous tourner vers les associations. L’Assurance maladie cite l’Association nationale des malades du cancer de la prostate (ANAMACaP) et la Ligue contre le cancer, qui proposent information, écoute et échanges entre patients.

En résumé

Après un cancer de la prostate, la qualité de vie se reconstruit le plus souvent, mais les troubles urinaires et sexuels restent les sujets qui demandent le plus d’attention. Ils ne doivent pas être vécus en silence : la rééducation avec un kinésithérapeute, les consultations avec un urologue, un sexologue ou un psychologue, l’activité physique adaptée et le soutien des proches font partie du suivi. Le premier pas est d’en parler à votre médecin traitant, à votre urologue ou à votre radiothérapeute. Et le 26 novembre, la rencontre de l’ERI à l’ICG est un bon moment pour poser toutes vos questions.

Questions fréquentes

Les fuites urinaires après un cancer de la prostate sont-elles définitives ?

Pas forcément. L’évolution dépend du traitement reçu et de chaque situation, et des solutions existent : rééducation avec un kinésithérapeute, médicaments et, dans certains cas, chirurgie. Votre urologue ou votre radiothérapeute peut vous dire à quoi vous attendre et vous orienter vers la bonne prise en charge.

Qui consulter pour des troubles de l’érection après les traitements ?

Commencez par votre urologue, votre cancérologue ou votre médecin traitant, qui peuvent déjà proposer des solutions. Ils peuvent ensuite vous orienter vers un sexologue, un psychologue ou un professionnel formé en onco-sexologie. Le titre de sexologue n’étant pas réglementé, mieux vaut passer par une recommandation de votre équipe soignante.

Ma compagne ou mon compagnon peut-il être accompagné ?

Oui. Le soutien psychologique peut aussi être proposé aux proches, et les consultations avec un sexologue ou un psychologue peuvent se faire en couple. Les associations comme la Ligue contre le cancer proposent également de l’écoute aux proches.

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